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Santé: la question financière reste essentielle pour l'accès aux soins

 

Ma santé

 

Améliorer l'accès aux soins des populations des pays pauvres et émergents n'est pas qu'une question d'argent et le coût des traitements ou des recherches pour développer de nouveaux médicaments reste un frein important, estiment industriels, économistes et responsables d'ONG.

 

Une malade du sida

Source photo : Mehdi Fedouach [AFP/Archives]


"C'est une question qui occupe chaque G8 ou G20 depuis des années, mais elle est beaucoup plus complexe que ce que chacun peut croire", résume Elias Zerhouni, patron de la recherche de Sanofi-Aventis, présent au forum BioVision des sciences de la vie, qui se tient à Lyon jusqu'à mardi.

Depuis les années 1980 et l'émergence du sida, qui a fait prendre conscience de l'existence d'enjeux de santé à l'échelle planétaire, des progrès importants ont été faits pour favoriser l'accès du plus grand nombre aux traitements contre cette maladie, s'accordent à reconnaître les spécialistes.

Selon l'Onusida, en 2009, 5,2 millions de personnes vivant dans des pays à revenu faible ou intermédiaire avaient accès au traitement antirétroviral, contre 700.000 en 2004.

Cette évolution, rendue possible par la mise en place de structures ou de fonds mondiaux, doit aussi beaucoup à la concurrence accrue des médicaments génériques, qui ont tiré les prix vers le bas, rappelle Bernhard Schwartländer, directeur du département Réalité, stratégie et résultats de l'Onusida.

Les progrès sont également liés à la mobilisation de la recherche privée et publique contre une maladie qui a fait des ravages dans l'hémisphère Nord, où se trouvaient des clients solvables, résume Paul Stoffels, patron de la recherche de Janssen, la branche santé de l'américain Johnson&Johnson.

"Trouver un nouveau médicament efficace aujourd'hui, c'est plus difficile que de construire un A380", fait-il valoir.

D'où la difficulté aujourd'hui de mobiliser la recherche mondiale pour trouver des traitements pour les maladies plus spécifiques aux pays pauvres.

"La question de l'accès des populations les plus pauvres aux soins a deux versants", rappelle Elias Zerhouni: "la question des traitements qui existent mais qui ne sont pas financièrement abordables, et la question des traitements et des vaccins qui n'existent pas".

"Seules 10% des ressources mondiales de recherche et développement sont destinées à des maladies qui concernent 90% de la population mondiale", et vice versa, souligne-t-il.

Une telle situation peut rendre paradoxale la position d'organisations non gouvernementales comme Médecins sans frontières. Un paradoxe qu'assume pleinement Tido von Schoen-Angerer, directeur de la campagne pour l'accès aux médicaments essentiels de MSF.

"D'un côté, MSF veut des médicaments au prix le plus bas, mais d'un autre côté, MSF veut aussi des innovations", notamment pour traiter les maladies spécifiques aux pays pauvres, argumente-t-il.

Difficile à mettre en oeuvre pour les industriels d'un secteur où, justement, la productivité de la recherche a fortement baissé au cours des dernières années, rendant les investissements en R&D d'autant plus importants et peu sûrs.

Les démarches à faire pour garantir la meilleure santé possible au plus grand nombre, doivent en outre s'accompagner d'efforts d'éducation, d'étude des habitudes locales, de recherche des causes sociales des maladies, assurent les intervenants à BioVision.

"L'industrie pharmaceutique a une responsabilité (dans cette problématique), mais pas toute seule", conclut Robert Sebbbag, vice-président accès aux médicaments de Sanofi, appelant notamment à un fort engagement politique et financier des Etats.

AFPSource AFP
modifié le 29/03/2011