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Sécurité alimentaire: les habitudes des consommateurs allemands en question

 

Nutrition

 

Le scandale des aliments contaminés à la dioxine remet en question les habitudes des consommateurs allemands qui préfèrent toujours des produits bon marché, parfois au mépris de la qualité.

 

Des oeufs en vente à Ziethen, à 80 km au nord de Berlin, le 11 janvier 2011

Source photo : Johannes Eisele [AFP/Archives]


La ministre allemande de l'Agriculture Ilse Aigner présente son plan d'action, le 14 janvier 2011 à Berlin

Source photo : Odd Andersen [AFP]


Un sondage publié cette semaine par le quotidien Bild montre que 47% des Allemands ne sont pas prêts à payer plus pour l'alimentation, contre 43% qui accepteraient de mettre la main à la poche.

Et les distributeurs continuent à se faire concurrence sur les prix. Dans des prospectus publicitaires actuellement distribués, une chaîne de supermarchés et une de discounts rivalisent de ristournes: "Entrecôte tendre: 1,49 euro les 100 g", vante l'une. "Morceaux de porcs farcis aux légumes: 3,99 euros le kilo", propose l'autre.

La ministre allemande de l'Agriculture Ilse Aigner, qui a fait vendredi de la sécurité alimentaire sa "priorité absolue", a aussi reconnu par le passé que pour les Allemands "l'alimentation n'a pas la même valeur que d'autres biens".

Selon l'organisation de protection des consommateurs Foodwatch, ils consacrent moins de 11% de leurs revenus à l'alimentation, contre 13% pour les Français.

Le discount a une part de marché de plus de 40% et les prix sont effectivement très bas: ces trente dernières années, le coût de la vie a augmenté de 85%, mais les prix de l'alimentaire de 50% seulement, selon des données de la fédération de l'industrie agroalimentaire BVE.

Mais de plus en plus d'articles de presse mettent en cause la chasse permanente aux bonnes affaires, qualifiée récemment par l'hebdomadaire Der Spiegel de "sport national".

"Le consommateur doit manger sa viande en toute tranquillité mais doit pour cela payer un prix raisonnable", souligne Hubert Weiger de l'organisation de défense de l'environnement Bund qui a appelé à un rassemblement le 22 janvier à Berlin pour protester contre l'élevage industriel.

La question de la sécurité alimentaire est au centre des débats avec la découverte début janvier d'oeufs et de viande de porc contaminés à la dioxine, un produit cancérigène à haute dose.

A l'origine de ce scandale se trouve un fabricant de graisses alimentaires et industrielles soupçonné d'avoir sciemment livré à des fabricants d'aliments pour animaux des graisses techniques destinées à l'industrie.

Mme Aigner a présenté un catalogue de mesures pour renforcer la sécurité alimentaire et protéger le consommateur même quand il est pingre. "Quels que soient les prix, ce qui n'est pas sûr (pour la santé) ne doit pas atterrir dans les rayons des supermarchés", a-t-elle insisté cette semaine.

Montrer du doigt les consommateurs est "cynique", selon Foodwatch, et "un argument boiteux", selon la Fédération de protection des consommateurs.

Le scandale de la dioxine est "un problème de santé", explique à l'AFP Christiane Gross, porte-parole de Foodwatch. "Et les produits pas chers doivent être aussi fiables que les produits chers".

"Quand un véhicule de prix modéré a des freins défaillants, on ne dit pas que c'est de la faute de l'automobiliste parce qu'il a acheté une voiture au rabais", poursuit-elle.

Qu'on achète de la viande "chez un discounter ou au rayon boucherie" d'une épicerie fine, "la viande est anonyme", souligne pour sa part Armin Valet de la centrale des consommateurs de Hambourg (nord). En gros, le prix de la viande ne garantit pas sa qualité. Sa provenance est en outre difficilement identifiable pour le consommateur.

AFPSource AFP
modifié le 17/01/2011