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Sida et travail: peurs et idées reçues restent bien ancrées en France

 

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Alors que 152.000 personnes vivent avec le VIH-sida en France, la question de leur intégration dans le monde du travail, où ils sont encore souvent stigmatisés, est aujourd'hui un enjeu majeur, ont relevé mardi des experts lors d'un colloque.

 

Un préservatif géant sur l'obélisque, place de la Concorde à Paris le 1er décembre 1993

Source photo : Gerard Julien [AFP/Archives]


Selon une enquête de l'association Aides communiquée lors de cette rencontre organisée par l'Organisation internationale du travail (OIT), moins de la moitié des séropositifs travaillent (46%).

En outre, un sur six (18%) est privé d'activité alors qu'il voudrait travailler.

Néanmoins, l'arrivée des trithérapies a considérablement amélioré l'accès à l'emploi des personnes contaminées, en même temps que leur espérance de vie.

En effet, le taux d'emploi des personnes atteintes après 1997, date de l'arrivée généralisée de ces combinaisons d'antirétroviraux, s'établit à 58% contre 37% pour ceux qui ont été contaminés plus tôt.

En 2005, seules 23% des personnes vivant avec le VIH travaillaient.

Pour Michel Simon, vice-président d'Aides, "le sida aujourd'hui n'a rien à voir avec le sida d'il y a vingt ans. Les choses ont énormément bougé et la société n'a pas bougé".

"Dans une relation de travail, le risque de transmettre à un collègue est en dessous de zéro. Les peurs qui existent dans le monde du travail par rapport aux risques que font courir les personnes séropositives à leurs collègues ne reposent sur absolument plus rien de médical", insiste-t-il.

En 30 ans, il y a eu 14 transmissions avérées en milieu professionnel et 40 supposées, renchérit Séverine Fouran Peralta, chargée de mission emploi à Sidaction.

Pourtant, selon Jean-François Trogrlic, directeur du bureau de l'OIT pour la France, une enquête menée en 2010 montre que certaines idées préconçues restent vives.

Ainsi, pour 24% des agents du public et 39% des salariés du privé, le sida est un facteur discriminant à l'embauche. Pour 22% des agents, avoir le virus est un handicap pour évoluer (25% dans le privé).

Mme Fouran Peralta met en exergue "le regard que la société porte sur les personnes qui vivent avec le VIH", la première question posée étant +Comment vous l'avez attrapé?+.

En outre, de nombreux séropositifs sont réticents à s'identifier comme tels par crainte de discriminations: ils seraient 62% à tenir leur pathologie secrète au travail.

L'OIT a adopté en 2010 une recommandation sur le sida et le monde du travail (R-200), "la première norme internationale jamais adoptée sur le VIH-sida", a souligné Gilles de Robien, ambassadeur de France auprès de l'organisation.

Ce texte souligne notamment le principe de non discrimination, de dépistages volontaires et confidentiels et insiste sur les efforts de prévention. Il réaffirme également l'importance de l'emploi pour les personnes vivant avec le VIH.

Pour Marc Boisnel, responsable du ministère du Travail et de la Santé, "il faut faire progresser l'application effective" de cette norme en France, mais "l'arsenal est complet" en "termes de système et de conformité juridique", et "il y a une concordance entre la recommandation et l'état des actions" dans le pays.

Reste, comme le souligne Mme Fouran Peralta, que "le recours au droit oblige à nommer la maladie", ce qui constitue "un véritable obstacle".

En outre, employeurs comme syndicats se sont peu saisis de ces questions. "Honnêtement, on ne sait pas trop comment aborder ce sujet", reconnaît Patrick Pierron (CFDT), réclamant l'aide des associations, et soulignant que "ce n'est pas anormal que les peurs de la société se retrouvent dans le monde du travail".

En 2009, 6.700 nouveaux cas ont été diagnostiqués, contre 6.400 en 2008. Ils concernaient pour l'essentiel des personnes de moins de 40 ans, en âge de travailler.

AFPSource AFP
modifié le 27/10/2011