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Sida: les experts critiquent vigoureusement le projet gouvernemental

 

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Pas de dépistage pour tous, une surveillance annuelle pour une partie seulement des groupes à risque : le projet de plan national sida, qui va définir les axes de la politique gouvernementale jusqu'en 2014, a été accueilli de façon très critique par les experts consultés pour avis.

 

Modélisation du virus du sida datant de 1987

Source photo : Hamburg Graphico Studio [AFP/Archives]


C'est un plan "timoré", qui "ne se donne ni l'ambition ni les moyens de faire régresser l'épidémie", ont ainsi affirmé conjointement le Conseil national du sida (CNS) et la Conférence nationale de santé, qui auraient voulu "une véritable refonte du discours de prévention".

Le projet ministériel, dont les deux instances n'ont reçu que les orientations stratégiques, prévoit de "clarifier la stratégie de prévention" et de "renforcer la politique de dépistage" en tenant compte des recommandations des experts.

Or la Haute autorité de santé (HAS) a préconisé que le dépistage soit proposé systématiquement à toute la population, de 15 à 70 ans, afin de combler le "retard important" de la France, où 40 à 50.000 personnes - soit 30 à 40% des personnes atteintes - vivent avec le VIH sans le savoir.

Environ la moitié des personnes dépistées le sont avec retard et "210 personnes meurent chaque année pour avoir été prises en charge tardivement", a souligné le Pr Willy Rozenbaum, président du CNS, devant la presse.

En outre, "améliorer la précocité du diagnostic et de l'accès au traitement ouvre la possibilité d'enrayer puis de faire régresser l'épidémie", soulignent les deux instances consultatives, pour qui il s'agit d'un "défi majeur de santé publique".

Mais le plan n'envisage pas de proposer le test de dépistage à toute la population. Le Pr Rozenbaum explique ce "renoncement" par l'ambiance prévalente de "gel des crédits". Pourtant, une étude coût-efficacité est favorable : "C'est un investissement qui permettrait de dépenser beaucoup moins", souligne-t-il.

Pour lui, banaliser le dépistage permettrait aussi de "changer l'image de la maladie" en faisant "prendre conscience des risques encourus".

La HAS recommandait en outre d'"amplifier le dépistage systématique vers les populations à risque" : hommes homosexuels, hétérosexuels ayant plusieurs partenaires, usagers de drogues injectables, personnes originaires de zones à haute prévalence comme l'Afrique sub-saharienne ou les Caraïbes...

Mais le plan ne prévoit un dépistage annuel que pour certains groupes (homosexuels, usagers de drogue par injection, Guyanais), ignorant par exemple les prostitués ou les partenaires de personnes infectées, selon les deux instances.

"L'impression prévaut que l'on se satisfait d'une baisse très relative, limitée à certains groupes de population, du nombre de nouvelles contaminations en France", affirment-elles. Elles accusent les pouvoirs publics de refuser de "s'engager dans la stratégie volontariste d'élargissement et de banalisation de l'offre de dépistage que préconisent depuis plusieurs années l'ensemble des instances expertes".

"Ils ne peuvent pas avoir raison contre tout le monde", dit le Pr Rozenbaum.

En 2009, la Cour des comptes avait sévèrement critiqué l'action publique de prévention et de dépistage du sida, et avait elle aussi suggéré de généraliser le dépistage sur une base volontaire. Une commission du Sénat est allée dans le même sens.

Les deux instances soulignent encore l'"incohérence des politiques publiques pour les populations vulnérables" telles que migrants, détenus, prostitués, usagers de drogue par injection. "La politique répressive est en contradiction avec les objectifs de santé publique", relève le Pr Rozenbaum.

Réagissant à ces critiques, le ministère de la Santé a insisté sur le fait que les deux instances n'avaient reçu encore que les orientations stratégiques et que leur avis allait "nourrir la phase finale d'élaboration du plan", qui sera rendu public "dans les semaines qui viennent".

AFPSource AFP
modifié le 29/06/2010