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Soins en psychiatrie: vent de fronde contre le projet de loi

 

Ma santé

 

Les syndicats de psychiatres sont vent debout contre le projet de loi de réforme de l'hospitalisation d'office de personnes souffrant de troubles mentaux, que le Sénat examine mardi.

 

Une infirmière ferme à clef la porte d'un patient en chambre d'isolement, le 15 décembre 2006 à l’hôpital psychiatrique Saint-Jean de Dieu à Lyon

Source photo : Jean-Philippe Ksiazek [AFP/Archives]


Un patient sur un banc dans la cour de l'hôpital psychiatrique Saint-Jean de Dieu à Lyon, le 17 décembre 2006

Source photo : Jean-Philippe Ksiazek [AFP/Archives]


La psychiatrie publique, qui annonce pour le même jour un mouvement de grève et une manifestation devant le Sénat, s'insurge contre une loi plus sécuritaire que sanitaire qu'elle juge "inapplicable".

La création de soins sous contrainte en dehors de l'hôpital et l'institution d'une "garde à vue sanitaire" de 72 heures sont dans le collimateur des critiques.

Le texte remanié par l'adoption de 163 amendements a d'ailleurs été l'objet d'un imbroglio la semaine dernière au Sénat. La présidente centriste de la commission des Affaires sociales du Sénat, Muguette Dini, rapporteure du texte, a fait voter --contre l'avis du gouvernement-- la suppression de la possibilité de "soins ambulatoires" psychiatriques sans consentement, mesure phare du projet de loi.

Puis, s'estimant désavouée, elle a démissionné de son poste de rapporteur.

En pointe de la contestation, un collectif de 39 psychiatres qui qualifie cette réforme de "déraison d'Etat". Son Appel contre La Nuit Sécuritaire a été signé par près de 30.000 citoyens, professionnels de la psychiatrie et des personnes du monde de la Culture dont Stéphane Hessel, auteur d'Indignez-vous/Engagez-vous et le sociologue Edgar Morin.

Le collectif refuse de voir la question des soins réduite à un pur contrôle sanitaire.

"Sur le principe, je ne suis pas contre que l'on fasse des expérimentations de soins sous contrainte en dehors de l'hôpital pour voir si c'est faisable", relève pour sa part le Pr Bernard Granger.

Mais, "les soins sous contrainte sont très réglementés en France et dépendent des équipes du secteur public. Or, cela demande des moyens que ce dernier n'a pas", ajoute ce psychiatre.

Sur 12.000 psychiatres en France, un tiers, soit environ 4.000, travaille à l'hôpital public où un 25 à 30 pour cent des postes sont vacants ou occupés par des gens en formation, renchérit le Dr Angelo Poli président du Syndicat des psychiatres d'exercice public (SPEP).

L'Intersyndicale des psychiatres publics, l'Union syndicale de la psychiatrie et le SPEP réunis appellent donc à la grève.

"Cette loi facilite les conditions d'entrée et compliquent les sorties, résume le Dr Poli pointant, pointant "une logique de la peur" autour de "3 à 4 cas extrêmes par an". Il rappelle qu'il y a environ 1% de schizophrènes dans la population (soit quelque 600.000) et s'il y avait autant d'assassins en puissance, ça se verrait ! En revanche, il cite nombre de situations susceptibles de dérapage (déception amoureuse, jalousie, harcèlement au travail, alcool, etc.) relevant d'une aide psychologique.

"Qu'on ne désigne pas le malade comme un criminel en puissance", demande le Pr Granger.

Certains craignent aussi qu'avec le jeu des expertises, le préfet n'ait finalement le dernier mot en cas de désaccord avec les soignants, même si le recours au juge reste possible.

Bref, pour les syndicats, c'est "une loi qui dans la réalité sera inapplicable", d'autant plus que ni les établissements psychiatriques ni la justice n'y sont préparés. De surcroît, elle est destinée à être appliquée dès cet été, en pleine période de congés, pestent les syndicats qui réclament en vain une véritable politique et une loi pour la santé mentale.

Quelque 70.000 personnes sont hospitalisées sous contrainte chaque année, soit à la demande d'un tiers (60.000 cas) ou d'office en cas d'atteinte "à la sûreté des personnes" ou "à l'ordre public" (10.000 cas).

AFPSource AFP
modifié le 10/05/2011