Troubles bipolaires : la "psychoéducation", une approche innovante
La prise en charge des troubles bipolaires, alternance d'épisodes dépressifs et d'exaltation, repose essentiellement sur la prise de médicaments, mais des psychiatres veulent promouvoir une approche complémentaire, encore très marginale en France: la psychoéducation.

Source photo : Robert Sullivan [AFP/Archives]
Le principe est un peu comparable aux programmes d'éducation thérapeutique proposés pour des maladies chroniques telles que le diabète ou l'hypertension. L'idée est que le patient s'approprie ses troubles, apprenne "à surfer", à défaut de pouvoir "arrêter le flot des vagues", comme l'avait formulé le biologiste américain Jon Kabat-Zinn.
Les troubles bipolaires, anciennement appelés psychose maniaco-dépressive, concerneraient de 1 à 4% de la population et constituent la 6e cause de handicap, toutes pathologies confondues, selon l'Organisation mondiale de la santé.
Ils se caractérisent par un diagnostic difficile et tardif (on compte en moyenne 10 années entre l'apparition des troubles et la prescription d'un traitement approprié), mais aussi par un taux élevé de rechutes (73% à trois ans).
La moitié des rechutes s'explique par "une mauvaise observance du traitement", souligne le Pr Chantal Henry (CHU de Créteil), responsable du Réseau des Centres experts FondaMental. Les patients n'arrêtent pas forcément leur traitement, mais peuvent avoir des moments de "relâche", le week-end ou pendant les vacances, par exemple.
Créée en 2007 par Valérie Pécresse, la fondation de coopération scientifique FondaMental fédère psychiatres et chercheurs appartenant à plus de 60 laboratoires de recherche et de services hospitaliers.
La psychoéducation, assise sur une méthodologie rigoureuse et conduite par des professionnels formés, a fait la preuve de son efficacité, souligne le Pr Henry : rechutes "beaucoup moins rapides", durée des symptômes moins importante en cas de rechute, hospitalisations moins nombreuses.
Le programme proposé par FondaMental s'adresse aux patients "hors période de crise", mais aussi à leur entourage. Il consiste en 12 séances d'une heure et demie, régulières (toutes les semaines ou tous les 15 jours), au sein d'un groupe d'une douzaine de personnes.
Il n'a pas vocation à se substituer au traitement médicamenteux (régulateurs de l'humeur), mais à le compléter.
Un de ses principaux objectifs est d'aider le patient à repérer les signes précurseurs ou annonciateurs d'une rechute, qui peuvent être différents d'une personne à l'autre.
Ces séances d'échanges permettent d'identifier des "symptômes qu'on ne trouve pas dans les livres", explique le Dr Christian Gay (Clinique médicale du Château de Garches) : nombre de cigarettes fumées, force de la poignée de main ou encore nombre de SMS envoyés...
Elles contribuent aussi à "aider le patient à s'adapter à l'environnement", qui joue un rôle déterminant de "détonateur" dans la survenue d'une crise. "On ne peut pas changer la direction du vent, mais on peut apprendre à orienter les voiles", dit le Dr Gay.
Le problème, souligne le Dr Bruno Etain (CHU de Créteil), responsable des Centres experts troubles bipolaires, est "le grand fossé entre les besoins" et le nombre de groupes de psychoéducation existants.
En région parisienne, "seulement 4 centres sont répertoriés", précise le Pr Henry.
Pour encourager la diffusion de la psychoéducation, FondaMental, qui affirme sa volonté d'indépendance par rapport à l'industrie pharmaceutique, propose un programme de formation à destination des professionnels (psychiatres, psychologues, infirmières...).
Il devrait être par la suite décliné pour d'autres pathologies comme la schizophrénie.
![]() | Source AFP modifié le 28/05/2011 |













