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Un bébé quand je veux !

 
 

Depuis la légalisation de la contraception dans les années 70, l’âge moyen de la première grossesse recule constamment : de 24 ans à la fin des années 60, il est aujourd’hui passé à 29 ans. Mais ce slogan « un enfant quand je veux », témoin d’un formidable progrès, a également des conséquences négatives que l’on commence à mesurer.

 

Aux Etats-Unis, le nombre de "premier enfant", pour les femmes qui ont entre 35 et 39 ans, a augmenté de 36% entre 1991 et 2001 et, chez les femmes de 40 à 44 ans, de 70%.

Carrière à affirmer, famille recomposée, allongement de la durée de vie et développement des techniques de fertilité… de plus en plus de femmes retardent le moment de concevoir leur premier enfant. Si une grossesse à 40 ans est parfaitement possible, ces grossesses tardives sont considérées à risque.

L’âge maternel peut influencer plusieurs facteurs : déclin de la fertilité, fausses couches, anomalies chromosomiques, complications hypertensives et morts in utero.

En effet, le taux de fertilité décroît à partir de 30 ans, le taux d’implantation de l’embryon diminue, tandis que le délai pour tomber enceinte s’allonge, passant de 5-6 mois autour de 20 ans, à 14-15 mois à 40 ans.
A 20 ans, le taux de fausses couches est de 10%, il augmente jusqu’à 90% après 45 ans.
Avec l’âge maternel, le risque d’augmentation des anomalies chromosomiques (ex : la trisomie 21) est bien connu, mais il existe aussi une hausse des maladies autosomiques dominantes avec l’âge paternel (achondroplasie, syndrome de Marfan…). Les complications liées à l’hypertension de la grossesse doublent chez les femmes après 40 ans, comparativement aux femmes plus jeunes. Il en est de même du diabète.
Et le taux de morts in utero, de 4 pour mille entre 20 et 29 ans, passe à 10 pour mille après 40 ans.

Mais pour pallier tous ces phénomènes liés à la physiologie et aux risques de complications, on peut aujourd’hui compter sur les techniques de fertilité qui se sont beaucoup développées ces dix dernières années. Ainsi, la boucle est bouclée, le modèle de la femme hyperactive, qui croit pouvoir retarder les effets de l’âge sur son corps grâce aux progrès de la médecine, encourage la tendance à la conception tardive.
Or, les professionnels de santé savent bien que la procréation médicalement assistée (PMA) ne permet pas de compenser le déclin naturel de fertilité subi par la femme à partir de 30 ans, et surtout après 35 ans. C’est ainsi que nombre de femmes souhaitant tardivement avoir un enfant se retrouvent à la ménopause sans avoir pu exaucer leur désir de donner la vie.

Mais à côté de ce fort taux d’échec du projet parental, se dessine un débat éthique, celui des nouvelles techniques de la reproduction et de la commercialisation du corps. A titre d’exemple, aujourd’hui déjà, aux Etats-Unis, des étudiantes vendent leurs ovocytes à prix d’or, lorsqu’elles sont belles et issues d’universités prestigieuses, pour permettre à des femmes stériles d’avoir des enfants (souvent appartenant à des catégories sociales les plus favorisées). Un phénomène qui porte à réflexion.

Peut-on parler d’acharnement procréatif ?
Au final, l’âge moyen de la première grossesse ne cesse de reculer, les femmes ont de plus en plus de difficultés à concevoir un enfant et sont donc désormais nombreuses à devoir recourir à l’assistance médicale à la procréation. Face à cette forte demande, les techniques se développent et deviennent particulièrement sophistiquées. Aujourd’hui, dans les cas les plus extrêmes, on recourt même parfois aux ovaires congelés ou aux greffes d’ovaires. D’un autre côté, de plus en plus d’enfants issus de ces techniques d’aide à la procréation naissent grands prématurés, porteurs de sévères handicaps neurologiques.

Autre conséquence : avec le « principe de précaution », on a tendance à interrompre des grossesses normales au nom de l’éventualité d’un handicap, notamment de trisomie. Auparavant, 4 à 5% des grossesses faisaient l’objet d’une amniocentèse (ponction du liquide amniotique sous échographie pour détecter une éventuelle anomalie du fœtus). Aujourd’hui, ce taux est de 15 à 20%. Or, ces examens présentent un risque de fausse couche, risque parfois supérieur à celui des anomalies que l’on aurait voulu éviter.
Finalement, on en arrive à un paradoxe : on est devenu extrêmement exigeant pour les grossesses naturelles tandis que, dans le cadre de la performance procréatique chez les femmes « plus âgées », on leur fait courir le risque d’avoir des enfants grands prématurés.

Rappelons que, contrairement à ce qu’on aurait pu s’attendre, le nombre d’enfants handicapés à la naissance n’a pas diminué depuis trente ans. Au contraire, il augmente depuis 1980...(1)
Aujourd'hui, 15.000 enfants naissent handicapés chaque année, dont 7.500 avec des déficiences sévères. La moitié de ces handicaps est d'origine périnatale, c'est-à-dire survenant pendant la grossesse et lors de l'accouchement.

Carte Blanche Santé
Auteur : Isabelle Eustache
Source : Heffner L.J., NEJM, 351 : 1927-1929, 2004. (1) Expertise collective INSERM, octobre 2004 : « Déficiences et handicaps d’origine périnatale. Dépistage et prise en charge ».