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Un rapport non officiel alerte sur la santé au travail des 300.000 postiers

 

Ma santé

 

Taux d'absentéisme sans précédent, épuisement physique ou psychique et très forte augmentation des accidents du travail: un rapport au vitriol, non officiel, du syndicat des médecins de la Poste dresse un constat alarmant sur la santé des 300.000 postiers français.

 

Un postier charge son véhicule, au centre de tri de Douvres-la-Délivrande dans le Calvados, avant de partir en tournée le 26 novembre 2008

Source photo : Mychèle Daniau [AFP/Archives]


Un postier trie le courrier au centre de tri postal de Douvres-la-Délivrande dans le Calvados le 26 novembre 2008.

Source photo : Mychèle Daniau [AFP/Archives]


Un postier collecte le courrier dans une boite à lettres, le 19 novembre 2009, dans un quartier de Nantes.

Source photo : Frank Perry [AFP/Archives]


La Poste a subi plusieurs vagues de restructurations depuis 2006, pour préparer l'ouverture à la concurrence des plis de moins de 50 grammes prévue le 1er janvier 2011. Les facteurs dont les tournées s'allongent se plaignent de tirer parfois 50 kilos dans leurs chariots.

Le président du groupe, le gouvernement et l'inspection du travail ont reçu le 20 mai un courrier de huit pages, au vitriol, qualifié de "rapport" par tous les syndicats, même si Bernard Siano, supérieur hiérarchique des 150 médecins du travail de La Poste, dément tout caractère officiel et le juge "excessif".

Rappelant les rapports annuels des médecins du travail qui soulignent "depuis plusieurs années une dégradation de la vie au travail", le texte égrène une série de clignotants au rouge: absentéisme, accidents du travail, maladies professionnelles, épuisement physique et psychique à la distribution.

Le texte évoque aussi "des suicides ou tentatives de suicide dont on peut penser qu'ils sont exclusivement liés à des situations de vie professionnelle", dans "toutes les régions", "tous les métiers" et aux "différents niveaux de l'entreprise".

"Nous avons loyalement alerté nos directions" de cette "situation alarmante" et "sommes déçus par le peu de considération apportée, voire le déni manifeste", souligne la lettre, signée de tout le bureau du syndicat.

La Poste n'a "pas attendu ce courrier pour mettre en place une stratégie de prévention" des risques psychosociaux, qu'elle "pratique depuis plusieurs années", a rétorqué le docteur Siano, dans un entretien à l'AFP.

Le groupe a créé en septembre 2009 un dispositif d'évaluation scientifique du stress professionnel (DESSP), doté d'un conseil scientifique présidé par le professeur William Dab, qui rendra son diagnostic "dans les mois qui viennent", a expliqué M. Siano.

Le groupe emploie 150 médecins du travail, qui seront "partie prenante" et "au centre du processus de prévention". Actuellement consultés par questionnaires, ils sont aussi représentés par une dizaine d'entre eux, nommés par la direction, à un "comité des médecins du travail de La Poste".

Les syndicats s'étonnent cependant qu'aucun salarié ne siège au conseil scientifique du DESSP: "comment pourront-ils juger la situation sur le terrain?", s'étonne Nicolas Galepidès (SUD-PTT).

Dans un courrier du 12 octobre au gouvernement, le président de La Poste nommait les "experts externes" de ce comité scientifique.

Dès 2007, La Poste a réalisé des études sur le stress avec un cabinet extérieur, Stimulus, révèle le courrier.

Les six syndicats de La Poste ont interpellé la direction mardi, lors de la "négociation du projet d'accord santé au travail", texte que "la CGT ne signera pas en l'état", a indiqué à l'AFP Claude Quinqus, négociateur CGT.

Selon lui, les restructurations sont facteur de stress: après la réorganisation du centre de tri de Melun (Seine-et-Marne), 28% des agents ont été déclarés inaptes alors que ce n'était le cas d'aucun d'entre eux avant", a-t-il dit à l'AFP.

Le front syndical est de plus renforcé par l'impopularité d'un projet de décret prévoyant l'alignement de La Poste sur le code du travail, qui prévoit que les délégués du personnel assument aussi les missions des Comités d'Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT) dans les établissements de 50 à 300 salariés.

AFPSource AFP