Visiteur médical: une profession en pleine incertitude
La profession de visiteur médical, déjà fortement touchée ces dernières années par une série de plans sociaux, est aujourd'hui en pleine incertitude, le gouvernement ayant affiché sa volonté de "revoir de fond en comble" la promotion des médicaments.

Source photo : Loic Venance [AFP/archives]
"La visite médicale doit être revue de fond en comble", a lancé le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, jeudi en présentant sa "réforme du médicament" à la suite du scandale du Mediator.
Pour autant, le ministre n'a pas retenu la proposition radicale de l'Igas (Inspection générale des affaires sociales), rendue publique la veille, de supprimer le corps des visiteurs médicaux.
Les laboratoires ont déjà beaucoup sabré dans leurs équipes, si bien que de 24.000 en 2003-2004, les visiteurs médicaux sont passés à environ 18.000 en 2010 et le patronat du secteur (Leem) prévoit qu'ils baissent encore de quelques milliers d'ici 2015.
Les industriels expliquent ces réductions par la multiplication des génériques, le recentrage des laboratoires sur l'hôpital et des niches (oncologie, biotechnologies, etc.) et la possibilité pour les médecins de s'informer autrement, notamment via internet.
En outre, l'Etat fait pression auprès des médecins pour limiter les prescriptions, et donc les dépenses sociales.
"Telle qu'on la connaît, la visite médicale a vécu mais on ne va pas la rayer d'un trait de plume", a enchaîné Xavier Bertrand qui veut notamment mieux contrôler la formation et les documents de travail fournis par les laboratoires aux visiteurs médicaux.
Le ministre a aussi annoncé vouloir "interdire la visite médicale dans un cadre individuel." Elle devra se faire "dans un cadre collectif, à l'hôpital à titre expérimental, avant extension à la médecine de ville".
Chaque visiteur médical verrait plusieurs professionnels de santé à la fois.
"Cela existe déjà à l'hôpital, on ne voit pas très bien ce que ça changerait fondamentalement", a réagi Etienne Maggi de l'Unsa-Pharmacie.
"C'est une piste qui n'a pas été évoquée lors des Assises du médicament ce printemps, c'est étonnant", a commenté Isabelle Fréret de la CFE-CGC chimie.
"Je crois que le gouvernement est très partagé, il appelle d'ailleurs à poursuivre la concertation mais il laisse aussi 18.000 salariés, déjà très +impactés+ par l'affaire Mediator, dans l'incertitude totale", déplore la syndicaliste.
"Nous sommes toujours dans la crainte et dans l'attente de précisions", renchérit Etienne Maggi de l'Unsa-Pharmacie.
Cédric Musso, de l'UFC-Que choisir, regrette qu'il n'y ait "aucune visibilité sur les mesures concrètes" pour réformer la profession et dénonce une nouvelle fois "le bombardement promotionnel des laboratoires".
Quant à Christian Lajoux, président du Leem, il juge que "la visite collective existe déjà à l'hôpital mais ne doit pas être une obligation", excluant toute application à la médecine de ville.
M. Lajoux est en revanche totalement favorable à la concertation annoncée par Xavier Bertrand.
"Elle est indispensable car la perception de cette profession est encore très caricaturale", selon le patron du Leem.
"On sert de bouc-émissaire, mais la visite médicale d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec ce qui se pratiquait il y a 10 ou 20 ans", plaide aussi Etienne Maggi. "L'information délivrée est beaucoup plus technique, beaucoup plus scientifique", selon le responsable Unsa.
Les pratiques sont aussi plus encadrées : vente de produits, don d'échantillons et cadeaux sont interdits.
Pour autant certaines dérives n'ont pas disparu, conviennent les professionnels, et des propositions plus précises devront émerger de la concertation pour tenter d'y remédier.
![]() | Source AFP modifié le 26/06/2011 |













